Genèse d’un projet théâtral

Au printemps dernier, je reçus une carte postale provenant de Mongolie…

Récente, elle représentait Elvis Presley dansant avec une jeune femme en habits traditionnels.

Il ne s’agissait pas en l’occurrence d’art contemporain ou de création gaguesque de type internet, mais bel et bien d’un hommage sincère d’un peuple asiatique symbole de l’espace, du dénuement et des valeurs millénaires à un chanteur américain, mort, et depuis plus de 30 ans.

Mais en regardant ce petit bout de papier, je n’avais bizarrement aucune envie de me livrer à une quelconque analyse de cette incongruité. Je ressentais juste l’envie de sourire, ce que je fis sûrement d’ailleurs, comme on le fait quand on aperçoit au loin un ami cher qu’on n’a pas revu depuis longtemps.

Elvis revenait donc vers moi par le plus inattendu des chemins. Il est vrai que s’il avait accompagné toute mon adolescence, je m’étais tourné une fois adulte vers des horizons soi-disant moins futiles intellectuellement, comme si le fait d’arrêter de faire du sport et d’écouter Elvis Presley faisait de vous un acteur crédible. Je me surprenais toujours cependant à chanter en même temps que lui lorsqu’une de ses chansons passait à la radio, au grand étonnement de mes collègues de l’époque, qui m’initiaient à Vissotsky (que j’aimais beaucoup d’ailleurs ) dans de vastes appartements du 7ème arrondissement de Paris.

Je devais être alors trop content de me débarrasser de cet adolescent solitaire que j’avais  été, qui trouvait refuge à ses peines dans les poèmes de Musset et le sourire d’Elvis.

Car c’est bien de cela qu’il s’agit. Et je reprends à mon compte la phrase de Brel à propos de Brassens : « Il a le plus beau sourire d’homme qu’il m’ait été donné de voir ». Et je l’applique à Elvis. On peut tout concevoir d’un homme dont le sourire vous fait sourire. L’adolescence a cela de particulier qu’elle peut se découvrir instinctivement une communauté d’âme avec des vivants ou même des morts physiquement inconnus.

Et c’est parce que l’homme que je suis devenu avait envie de refaire un bout de route avec ce frère d’âme que j’ai écrit ce spectacle.

Pierre-Louis Lanier
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